Chiffres-clés du Sida en Afrique :
Nombre de morts depuis le début de l'épidémie 19 millions
Nombre de morts en 2002 2,5 millions
Nombre de personnes contaminées 29,4 millions
Nombre de contamination en 2002 3,5 millions
Perte d'espérance de vie jusqu'à 20 ans

Source Banque Mondiale


1.Le Sida en chiffres

L'Afrique est de très loin le continent le plus touché par le Sida. Selon la Banque Mondiale, près de 10 % de la population adulte est séropositive, et ce pourcentage s'élève à plus de 30 % dans certains pays (33,7 % au Zimbabwe, 38,8 % au Botswana rapport de l’ONUSIDA 2002 (rapport de l’ONUSIDA 2002). Dans certaines régions du Zimbabwe, 70 % des femmes enceintes sont séropositives. 10 % des personnes contaminées chaque jour dans le monde par le VIH vivent en Afrique du Sud.

L'Afrique compte près de trois quarts des personnes séropositives dans le monde, soit 29,4 millions sur un total de 42 millions. Depuis l'apparition de la pandémie, plus de 19 millions d’africains sont morts du Sida, soit plus des deux tiers des victimes du Sida dans le monde entier.
ONUSIDA estime à 2,5 millions le nombre de décès dus au Sida en Afrique subsaharienne en 2002, et à 3,5 millions le nombre de nouvelles infections la même année (le site ONUSIDA).

Enfin, dans tous ces pays, l'espérance de vie a chuté, parfois drastiquement de 20 ans et plus.

   
Source ONUSIDA

2.L’impact du Sida

L'impact du Sida en Afrique s'étend au-delà du nombre de morts qu'il cause. En effet, le nombre de malades qui ne peuvent plus travailler, et qui deviennent dépendants de leur famille, le déficit de main-d'œuvre et de compétence qui en résulte pour l'économie, le nombre d'orphelins qui deviennent souvent des enfants des rues, le fait que le Sida touche principalement les hommes et les femmes le plus en âge de travailler et d'avoir des enfants, tout cela a un impact catastrophique sur le développement socio-économique de ces pays. Non seulement la santé, mais aussi l'éducation, l'industrie, l'agriculture s'en ressentent gravement.

Le VIH/SIDA alimente d’autres crises, en particulier la famine en Afrique australe. Là, le Sida se combine à d’autres facteurs – notamment la sécheresse, les inondations et, dans certains cas, les politiques nationales et internationales– pour provoquer une baisse régulière de la production agricole et ouvrir une brèche profonde dans le revenu des ménages. « La famine est un exemple tragique de la manière dont cette épidémie se combine à d’autres crises pour créer des catastrophes plus grandes encore» relève ainsi Peter Piot, Directeur exécutif d’ONUSIDA.

Le dernier rapport d’ONUSIDA indique que 7 millions de travailleurs agricoles dans 25 pays africains sont morts du Sida depuis 1985. Pour la seule année 2001, le Sida a tué près de 500 000 personnes dans les six pays principalement agricoles menacés par la famine, dont la plupart étaient dans leurs années les plus productives.

 

3.L’accès aux médicaments

La thérapie à l’aide d’antirétroviraux (ARV) hautement efficaces a considérablement réduit la mortalité et la morbidité liées au VIH/SIDA dans les pays développés, en allongeant l'espérance de vie des malades, à défaut de les guérir. Toutefois, le coût élevé de ces traitements a fait que, pendant longtemps, ces traitements ont été considérés comme un luxe que l'Afrique ne pourrait pas s'offrir.

Depuis deux ans, la communauté internationale commence à estimer que l’accessibilité des ARV est nécessaire pour lutter contre le Sida en Afrique, et que la prévention seule n'est pas une option satisfaisante. A travers des initiatives visant à promouvoir l’accès aux médicaments, le combat pour favoriser le recours aux génériques et des négociations avec les compagnies pharmaceutiques en vue de réduire les prix des ARV, des efforts sont actuellement déployés pour mettre ces médicaments à la portée des malades infectés par le VIH sur le continent. C'est ainsi que plusieurs grandes compagnies pharmaceutiques fabriquant des ARV ont annoncé des réductions substantielles sur les prix de leurs médicaments. En outre, la création du Fonds d’Intervention Sida/Tuberculose/Paludisme en 2001 constitue, potentiellement, un accroissement considérable des moyens offerts aux pays pauvres pour la lutte contre le Sida.

Cependant, l'espoir né de la création du Fonds et de la baisse des prix des médicaments est en passe d'être déçu. En effet, le Fonds est très loin d'être aussi doté que promis. De surcroît, plusieurs pays riches (Etats-Unis, Suisse et Union Européenne en tête) continuent de s’opposer à un accès élargi aux traitements génériques bien qu’en novembre 2001, à Doha, la primauté du droit à la santé sur le droit du commerce (accord sur la propriété intellectuelle) a été reconnu à l’OMC.

Le bilan reste donc très mitigé. Les ARV sont disponibles dans tous les pays africains mais "le problème ne se pose pas en terme de disponibilité, mais d'accessibilité par rapport aux coûts", comme l'a dit le Dr Pierre Mpélé, chef de l'Equipe inter-pays de l'ONUSIDA pour l'Afrique de l'ouest et du centre, en faisant observer que les traitements aux ARV demeurent chers et sont inaccessibles à la grande majorité des populations africaines. Seule une minuscule fraction des millions d'Africains qui ont besoin d'un traitement ARV en bénéficient. Des millions d'entre eux n'obtiennent même pas les médicaments nécessaires pour traiter les infections opportunistes. Ces chiffres reflètent l'échec de la communauté internationale – malgré les progrès accomplis ces dernières années – qui n'a pu mettre en place une riposte correspondant à l'ampleur et à la gravité de l'épidémie mondiale de VIH/SIDA.

L’espoir né ces dernières années ne doit pas être déçu.

 

4.Prospective de la lutte contre le SIDA en Afrique

A ce jour, seuls deux pays d'Afrique subsaharienne se sont illustrés par leur capacité à faire face à l'expansion du Sida. Le Sénégal, tout d'abord, est parvenu à maintenir le taux de séroprévalence à moins de 2 %. L'Ouganda, qui fut l'un des premiers durement touchés, a réussi grâce à une politique très volontariste et à l'aide internationale à réduire le taux de séroprévalence au sein de sa population.

Malgré les progrès de la mobilisation internationale, la création du Fonds d’Intervention et la baisse du prix des médicaments, le Sida continue de constituer un problème majeur de santé et une grave crise du développement pour l’Afrique subsaharienne – région la plus touchée du monde. Ces tendances positives ne contrebalancent pas encore la gravité de l’épidémie dans ces pays. Tous doivent faire face à des défis considérables, non seulement pour maintenir et élargir les actions de prévention, mais pour fournir les traitements, la prise en charge et le soutien nécessaires aux millions d’individus vivant avec le HIV/SIDA ou rendus orphelins par l’épidémie, et pour permettre que la vaste majorité des africains, plus de 90% qui n’ont pas contracté le VIH, restent exempts de cette infection.